Universités : le bât blesse sur le recrutement des professeurs
Les vertus de la réforme des universités existent, mais le texte présenté reste imparfait.
Par Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS, université Paris-I-Sorbonne
QUOTIDIEN : lundi 23 juillet 2007
La réforme de l’université, urgente et nécessaire, est en marche. Rien à redire à la démarche de réforme progressive. L’université est un grand corps malade qui a besoin d’un traitement de longue durée. Toute médecine radicale telle que l’instauration d’une sélection à l’entrée ou l’augmentation massive des droits d’inscription aurait entraîné injustice et gâchis massifs.
Un gâchis, le fait de vouloir empêcher des lycéens mal préorientés avant le bac de tenter leur chance dans des filières générales où certains d’entre eux réussissent des parcours étonnants. Une injustice, l’existence d’une concurrence totale entre universités: seules certaines d’entre elles, (les parisiennes) disposent d’un environnement (équipement en bibliothèques presque de niveau international) leur permettant d’attirer les meilleurs enseignants, chercheurs ou étudiants.
La réforme va dans le bon sens quand elle donne le pouvoir au nouveau président de devenir le patron de la gestion de l’université, de ses moyens et de sa politique scientifique. Il est temps de séparer, à l’université, la gestion des enseignements : les enseignants ne sont pas, à des exceptions près, faits pour administrer.
Mais le projet fait fausse route, gravement, lorsqu’il s’agit de donner à ce même président - ou plutôt au conseil d’administration siégeant en formation restreinte - le pouvoir de nommer une commission de spécialistes et de décider en dernière instance des enseignants recrutés.
Certains conseils d’administrations seront vertueux, et choisiront l’excellence et l’intérêt scientifique et pédagogique pour sélectionner leurs nouveaux enseignants. Mais une réforme ne peut pas se construire sur le pari de cette seule vertu. Car chacun sait bien que le pouvoir corrompt et le pouvoir universitaire non soumis à concurrence autant, sinon plus, que les autres. Localisme et népotisme, aujourd’hui plaies du recrutement universitaire dans beaucoup de disciplines où de moins bons candidats formés localement sont recrutés parce qu’ils sont moins dangereux pour les notables qui tiennent les départements, risquent d’être renforcés. Et si les grands organismes de recherche voient leurs moyens diminués voire leur existence menacée, alors ils ne pourront plus jouer leur rôle de poumon du système, et la première médecine administrée par le gouvernement aura tué le malade plutôt que d’entamer sa guérison.
Le recrutement des enseignants est à réformer. En prenant exemple sur des modèles européens ou américains, on pourrait imaginer des commissions de recrutement composées aux deux tiers de spécialistes français et étrangers extérieurs à l’université locale, tirés au sort plutôt que choisis par elle. L’obligation d’obtenir son premier poste dans une autre université que celle d’obtention de son doctorat pourrait être établie, de même que pourrait être testée la capacité du recruté à faire cours devant un amphi d’étudiants. Le recrutement de bons enseignants dans un système d’autonomie non concurrentielle est compliqué ; mais c’est un élément clef de cette réforme de l’université que le gouvernement ne doit pas manquer.


http://www.liberation.fr/rebonds/268436.FR.php
© Libération